La mise en demeure : à quoi elle sert, quand elle est obligatoire
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Le code civil (art. 1344) n’impose aucune forme à la mise en demeure : une sommation de commissaire de justice ou tout écrit « portant interpellation suffisante » convient, et aucun texte ne fixe la liste de ce qu’elle doit contenir. C’est l’écrit par lequel on somme l’autre partie d’exécuter son obligation dans un délai donné. Selon l’obligation en cause, elle ouvre des suites différentes : intérêts au taux légal, exécution forcée, réduction du prix, résolution. Elle est obligatoire dans certains cas, superflue dans d’autres — et elle ne contraint personne.
Ce que le texte dit exactement
L’article 1344 du code civil ne fixe aucun formalisme. Il pose une alternative : le débiteur est mis en demeure « soit par une sommation ou un acte portant interpellation suffisante, soit, si le contrat le prévoit, par la seule exigibilité de l’obligation ». Autrement dit, l’acte de commissaire de justice n’est qu’une possibilité parmi d’autres : tout écrit suffisamment explicite — un recommandé, typiquement — constitue le débiteur en demeure. Ce texte est rédigé pour l’obligation de payer ; l’article 1344-2 vise, lui, expressément l’obligation de délivrer une chose.
Écrire « mise en demeure » en haut de la page ne suffit donc pas, et n’est pas non plus indispensable : c’est le contenu qui produit l’effet. Deux configurations imposent en outre une mention supplémentaire, à peine d’inefficacité — nous y revenons plus bas.
Les effets, et ce qu’ils valent réellement
| Effet | Ce que dit le texte | Ce que ça change pour vous |
|---|---|---|
| Intérêts au taux légal | « La mise en demeure de payer une obligation de somme d’argent fait courir l’intérêt moratoire, au taux légal, sans que le créancier soit tenu de justifier d’un préjudice » (art. 1344-1). L’intérêt court « à compter de la mise en demeure » (art. 1231-6). | L’intérêt part de votre lettre, pas du jour où la dette était due : tarder coûte. Le taux légal est révisé chaque semestre et il en existe deux, selon que le créancier est ou non un particulier (art. L313-2 du code monétaire et financier) ; il est majoré de cinq points deux mois après une décision de justice exécutoire (art. L313-3). Sur de petites créances, la somme reste modeste — et, comme le principal, il faudra la réclamer. |
| Transfert des risques | « La mise en demeure de délivrer une chose met les risques à la charge du débiteur, s’ils n’y sont déjà » (art. 1344-2). | Effet utile surtout entre particuliers ou entre professionnels. Dans un achat auprès d’un professionnel, le risque de perte ou de casse pèse de toute façon sur le vendeur jusqu’à ce que vous preniez physiquement possession du bien (art. L216-2 du code de la consommation), mise en demeure ou pas. |
| Exécution forcée en nature | Le créancier peut, « après mise en demeure », en poursuivre l’exécution en nature, sauf impossibilité ou disproportion manifeste (art. 1221). | Attention au mot « forcée » : la lettre ne contraint personne. Elle rend seulement recevable la demande faite ensuite au juge d’ordonner l’exécution. Sur un petit montant, cette voie coûte souvent plus en temps qu’elle ne rapporte, d’où la préférence pour la résolution et le remboursement. |
| Réduction proportionnelle du prix | En cas d’exécution imparfaite, le créancier peut, « après mise en demeure et s’il n’a pas encore payé tout ou partie de la prestation », notifier sa décision de réduire le prix ; l’acceptation du débiteur doit alors être rédigée par écrit. S’il a déjà payé, il lui faut un accord des parties, à défaut duquel il demande la réduction au juge (art. 1223). | La condition « pas encore payé » ferme cette voie dans la plupart des achats en ligne et des prestations réglées d’avance. Pour un bien acheté à un professionnel, une autre porte reste ouverte malgré le paiement : la réduction du prix au titre de la garantie légale de conformité (art. L217-14 du code de la consommation). |
| Résolution du contrat | « La résolution résulte soit de l’application d’une clause résolutoire soit, en cas d’inexécution suffisamment grave, d’une notification du créancier au débiteur ou d’une décision de justice » (art. 1224). | La mise en demeure conditionne en principe les deux premières voies — sauf si le contrat prévoit que la clause résolutoire joue du seul fait de l’inexécution, auquel cas aucune mise en demeure n’est requise (art. 1225). D’où la première chose à faire : relire le contrat. |
| Clause pénale | La pénalité prévue au contrat n’est en principe encourue que si le débiteur a été mis en demeure ; le juge peut la modérer si elle est manifestement excessive (art. 1231-5). | C’est souvent le vrai enjeu financier entre entreprises : sans mise en demeure, la pénalité contractuelle ne joue pas. |
| Prescription | Les causes d’interruption énumérées par le code civil sont la reconnaissance du droit par le débiteur (art. 2240), la demande en justice même en référé (art. 2241), une mesure conservatoire ou un acte d’exécution forcée (art. 2244). | La mise en demeure n’y figure pas : elle n’interrompt rien. Réserve à connaître : certains régimes spéciaux en décident autrement, l’article L114-2 du code des assurances attachant un effet interruptif à la lettre recommandée avec accusé de réception. |
Deux points de calendrier à ne pas confondre. Les rédactions ci-dessus des articles 1221 et 1223 du code civil sont issues de la loi du 20 avril 2018 et ne s’appliquent qu’aux actes conclus à compter du 1er octobre 2018 ; les contrats antérieurs relèvent de la rédaction de 2016, qui diffère notamment sur la condition de disproportion. Les articles du code de la consommation cités sur cette page (L216-1, L216-2, L216-6, L216-7, L241-4, L217-8 et suivants) sont issus de l’ordonnance du 29 septembre 2021 et ne s’appliquent qu’aux contrats conclus à compter du 1er janvier 2022.
Obligatoire, ou parfaitement inutile
| Situation | Mise en demeure ? | Fondement |
|---|---|---|
| Vous demandez des dommages et intérêts | Obligatoire, sauf inexécution définitive | « A moins que l’inexécution soit définitive, les dommages et intérêts ne sont dus que si le débiteur a préalablement été mis en demeure de s’exécuter dans un délai raisonnable » (art. 1231). |
| Vous voulez l’exécution, la réduction du prix, ou faire jouer une clause pénale | Obligatoire | Art. 1221, 1223 et 1231-5 du code civil. |
| Vous voulez faire jouer une clause résolutoire | Obligatoire, sauf stipulation contraire | Art. 1225 : la résolution est subordonnée à une mise en demeure infructueuse, « s’il n’a pas été convenu que celle-ci résulterait du seul fait de l’inexécution ». |
| Un achat n’est pas livré | Obligatoire avant de résoudre | Art. L216-6, I, 2° du code de la consommation. |
| L’inexécution est définitive | Inutile | Art. 1231, première réserve du texte. |
| Il y a urgence et vous résolvez par notification | Inutile | Art. 1226 : « Sauf urgence, il doit préalablement mettre en demeure le débiteur défaillant… » |
| Le contrat prévoit que la seule exigibilité vaut mise en demeure | Inutile | Art. 1344, seconde branche de l’alternative. |
| Le professionnel refuse de livrer, ou la date était une condition essentielle | Inutile : résolution immédiate | Art. L216-6, II. La condition essentielle « résulte des circonstances qui entourent la conclusion du contrat ou d’une demande expresse du consommateur avant la conclusion du contrat » : elle ne se décrète pas après coup. |
| Un produit acheté à un professionnel est défectueux | Inutile pour demander la réparation ou le remplacement | La garantie légale de conformité fonctionne sur une simple demande (art. L217-9 et L217-10). Voir plus bas. |
Les deux mentions qui décident de tout
C’est le point le plus mal connu, et il est binaire : selon que votre contrat contient ou non une clause résolutoire, la mention exigée n’est pas la même — et une lettre irréprochable par ailleurs, mais muette sur ce point, ne produit pas l’effet recherché.
- Le contrat contient une clause résolutoire. Cette clause « précise les engagements dont l’inexécution entraînera la résolution du contrat », et « la mise en demeure ne produit effet que si elle mentionne expressément la clause résolutoire » (art. 1225 du code civil).
- Le contrat n’en contient pas et vous résolvez par notification. La mise en demeure doit alors enjoindre de s’exécuter dans un délai raisonnable et « mentionne expressément qu’à défaut pour le débiteur de satisfaire à son obligation, le créancier sera en droit de résoudre le contrat » (art. 1226).
Le même article 1226 précise que le créancier agit « à ses risques et périls » : le débiteur peut à tout moment saisir le juge, et c’est alors au créancier de prouver la gravité de l’inexécution.
Ce qu’on y met, et pourquoi
Aucun texte ne dresse la liste. L’Institut national de la consommation, dont les fiches sont gratuites, décrit ce que le courrier doit permettre d’établir : l’objet de la demande, le rappel de l’engagement non tenu (par exemple la date de livraison promise), les articles de loi invoqués lorsqu’ils sont connus, et un délai raisonnable pour régulariser. À quoi s’ajoutent, s’il y a lieu, l’une des deux mentions ci-dessus, et la conservation d’une preuve de réception. Chacun de ces éléments a une fonction : identifier l’obligation exacte dont le juge devra vérifier l’inexécution, dater le point de départ des intérêts, et prouver que le délai a bien été laissé.
Sur la forme. Aucun texte du code civil n’impose le recommandé : c’est la preuve de l’envoi, de la date et de la réception qui compte, et elle pèse sur celui qui met en demeure. Trois précisions utiles.
- L’envoi recommandé électronique est légalement équivalent à la lettre recommandée (art. L100 du code des postes et des communications électroniques), à condition de satisfaire aux exigences de l’article 44 du règlement (UE) n° 910/2014. Mais si le destinataire n’est pas un professionnel, son consentement préalable est requis : contre un particulier qui ne coopère pas, ce canal est inutilisable.
- Un simple courriel n’est pas nul par principe, mais un accusé de lecture ne prouve pas la réception : si l’autre partie conteste, il ne reste rien.
- Si le contrat prévoit lui-même une forme pour la mise en demeure ou la résiliation, c’est cette forme qu’il faut suivre.
Le cas type : un achat qui n’arrive pas
Ce chapitre du code de la consommation s’applique à tout contrat entre un professionnel et un consommateur, achat en magasin compris — pas seulement aux achats en ligne.
- Déterminez la date due. Le professionnel délivre le bien ou fournit le service à la date qu’il vous a indiquée ; ce n’est qu’à défaut d’indication ou d’accord qu’il doit le faire « sans retard injustifié et au plus tard trente jours après la conclusion du contrat » (art. L216-1). Les trente jours ne sont donc pas une règle générale, mais une règle de repli.
- Mettez en demeure. L’article L216-6, I, 2° permet de « résoudre le contrat si, après avoir mis en demeure le professionnel d’effectuer la délivrance ou de fournir le service dans un délai supplémentaire raisonnable, ce dernier ne s’est pas exécuté dans ce délai ». Le texte actuel n’impose aucune forme ; c’est la preuve de la réception qui compte. Le même article permet aussi, en amont, de notifier la suspension du paiement de tout ou partie du prix, dans les conditions des articles 1219 et 1220 du code civil — une voie autonome, qui ne suppose aucun préalable formel dès lors que la suspension est notifiée dans les meilleurs délais.
- Notifiez la résolution, par écrit. Le contrat est « considéré comme résolu à la réception par le professionnel de la lettre ou de l’écrit l’informant de cette résolution, à moins que le professionnel ne se soit exécuté entre-temps ». Deux écrits successifs, donc : la mise en demeure, puis la notification de résolution.
- Comptez les quatorze jours. Le professionnel rembourse « de la totalité des sommes versées, au plus tard dans les quatorze jours suivant la date à laquelle le contrat a été dénoncé » (art. L216-7) — c’est donc la réception de votre notification de résolution qui les fait courir. Ce délai n’a rien à voir avec les quatorze jours de rétractation, qui courent, eux, de la date à laquelle le vendeur est informé de votre décision de vous rétracter : ce sont deux délais de même durée et de nature différente. Passé ce terme, une majoration est due de plein droit (art. L241-4) ; le barème, ses paliers et ce que « de plein droit » veut dire en pratique sont détaillés sur colis marqué livré mais jamais reçu.
Le contre-exemple : le produit défectueux
Pour mettre en œuvre la garantie légale de conformité, il n’y a pas besoin de mise en demeure. Vous demandez la mise en conformité en indiquant si vous préférez la réparation ou le remplacement (art. L217-9 du code de la consommation). Ce choix n’est cependant pas imposable au vendeur : il peut retenir l’autre solution si celle demandée est impossible ou entraîne des coûts disproportionnés au regard de la valeur du bien et de l’importance du défaut. Tout refus de procéder selon votre choix doit être motivé par écrit ou sur support durable (art. L217-12). La mise en conformité a lieu sans aucun frais pour vous (art. L217-11) et dans un délai raisonnable « qui ne peut être supérieur à trente jours suivant la demande du consommateur » (art. L217-10). Ajouter une mise en demeure formelle ne raccourcit pas ce délai.
Elle réapparaît en revanche plus loin : si le vendeur refuse à tort la solution choisie, vous pouvez, après mise en demeure, poursuivre l’exécution forcée en nature de la solution initialement sollicitée, conformément aux articles 1221 et suivants du code civil (art. L217-12, dernier alinéa). Et la réduction du prix ou la résolution s’ouvrent notamment lorsque le vendeur refuse la mise en conformité, lorsqu’elle intervient au-delà de trente jours suivant la demande ou vous cause un inconvénient majeur, ou lorsque le défaut persiste malgré une tentative infructueuse (art. L217-14). Deux limites au même texte : la réduction ou la résolution peuvent être demandées immédiatement si le défaut est si grave qu’il le justifie, mais la résolution est exclue si le défaut de conformité est mineur, ce qu’il incombe au vendeur de démontrer.
Repères de calendrier pour ce régime : le vendeur répond des défauts qui apparaissent dans les deux ans de la délivrance (art. L217-3) — le point de départ de la prescription de l’action étant, lui, le jour où le consommateur a connaissance du défaut —, le défaut est présumé exister au jour de la délivrance pendant vingt-quatre mois pour un bien neuf et douze mois pour un bien d’occasion (art. L217-7), et la garantie est prolongée de six mois en cas de réparation obtenue à ce titre (art. L217-13). Le détail de ce régime est sur la fiche garantie légale de conformité. Cette page ne traite pas de la garantie des vices cachés, qui est un autre régime : l’action se compte alors en deux ans à compter de la découverte du vice (art. 1648 du code civil), et non de la délivrance — voir panne après la fin de la garantie.
Avant d’écrire : à qui, et pour quel calendrier
À qui. Une mise en demeure impeccable adressée à une société sans actif ne produira jamais un euro. L’état d’une entreprise se vérifie gratuitement sur l’annuaire des entreprises publié par l’administration et au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales. Si le professionnel est en redressement ou en liquidation judiciaire, le régime est inverse de tout ce qui précède : les poursuites individuelles sont arrêtées et la créance se déclare auprès du mandataire judiciaire, dans les délais de la procédure — la lettre ne sert à rien. Sur une place de marché, identifiez d’abord sur la facture qui vous a vendu : l’opérateur de la plateforme et le vendeur tiers qui y est hébergé ne sont pas la même personne, et un vendeur établi hors de l’Union européenne rend l’exécution d’une décision française hors de portée d’un particulier.
Pour quel calendrier. Puisque la mise en demeure n’interrompt pas la prescription, il faut savoir de combien de temps vous disposez : cinq ans en droit commun (art. 2224 du code civil), et deux ans seulement pour l’action d’un professionnel contre un consommateur (art. L218-2 du code de la consommation). Un effet mérite d’être connu : si votre courrier provoque une reconnaissance écrite de la dette, cette reconnaissance, elle, interrompt la prescription et fait repartir un délai neuf (art. 2240). C’est le seul effet véritablement précieux qu’une lettre puisse déclencher sur le calendrier.
Et selon qui vous êtes. Entre un consommateur et un professionnel s’ajoute le code de la consommation : livraison, remboursement, majorations, médiation gratuite. Entre deux professionnels, ce n’est pas le seul code civil : l’article L441-10 du code de commerce prévoit que les pénalités de retard « sont exigibles sans qu’un rappel soit nécessaire », à un taux au moins égal à celui appliqué par la Banque centrale européenne à son opération de refinancement la plus récente majoré de dix points de pourcentage — et qui ne peut, conventionnellement, descendre sous trois fois le taux légal —, et que le débiteur est de plein droit redevable d’une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, fixée à 40 € par l’article D441-5. Entre particuliers, en revanche, seul le code civil s’applique : ni garantie légale de conformité, ni médiation de la consommation, ni majorations de l’article L241-4.
Ce qu’une mise en demeure ne fait pas
- Elle n’oblige personne à payer. Elle déclenche des effets de droit et prépare la suite ; le pouvoir de contrainte appartient au juge.
- Elle n’ouvre pas directement le tribunal. Pour une demande n’excédant pas 5 000 €, la saisine doit être précédée, à peine d’irrecevabilité que le juge peut prononcer d’office, d’une tentative de conciliation, de médiation ou de procédure participative (art. 750-1 du code de procédure civile). Le champ exact de cette exigence et les dispenses qui l’écartent sont détaillés sur médiateur de la consommation : lequel est le vôtre ; retenez qu’il revient au demandeur de justifier la dispense, donc de conserver la trace écrite du refus, de l’échec ou de l’indisponibilité.
- Elle ne remplace pas la réclamation écrite exigée pour la médiation. Le médiateur ne peut pas examiner le dossier si le consommateur ne justifie pas avoir tenté de le résoudre directement auprès du professionnel par une réclamation écrite, et la demande doit être introduite dans l’année qui suit (art. L612-2). Une mise en demeure adressée au professionnel peut jouer ce rôle : encore faut-il pouvoir en prouver la date.
- Elle ne met pas la prescription en pause. La médiation, si — mais sous condition d’un accord des parties, ce que l’adhésion du professionnel à un dispositif de médiation suffit en principe à caractériser (art. 2238 du code civil). Le mécanisme, ses limites et ce qu’il ne couvre pas sont exposés sur la fiche médiateur. Ne comptez pas sur cet effet dans les autres configurations sans vérification.
Sources : code civil, art. 1344 à 1344-2, art. 1231, art. 1231-6, art. 1221, art. 1223, art. 1224, art. 1225, art. 1226, art. 2240 à 2244, art. 2238 ; code de la consommation, art. L216-1, art. L216-2, art. L216-6, art. L216-7, art. L241-4, art. L217-8 à L217-17, art. L217-12, art. L217-14, art. L612-1, art. L612-2, art. R612-4 ; code des postes et des communications électroniques, art. L100 ; code de commerce, art. L441-10 ; code de procédure civile, art. 750-1 ; INC — tout savoir sur la mise en demeure, INC — la livraison, vos droits et recours, INC — SignalConso. Vérifié le 5 août 2026.
Cette page expose des règles générales ; elle ne constitue pas un conseil juridique personnalisé et ne porte que sur le droit commun du code civil et le droit de la consommation. Plusieurs régimes obéissent à un formalisme propre que cette page ne couvre pas : le bail d’habitation, où le commandement de payer est délivré par commissaire de justice (art. 24 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989), le crédit à la consommation (art. L312-39 du code de la consommation) ou l’assurance (art. L113-3 du code des assurances). Si votre situation en relève, faites-la vérifier par un professionnel du droit.
Les recours officiels sont gratuits. Deux modèles de lettre gratuits, rédigés par l’Institut national de la consommation, sont référencés par l’administration : mettre en demeure de livrer le bien ou le service à la date prévue (vérifié le 6 juin 2018) et mettre en demeure de livrer un bien conforme à celui commandé (vérifié le 29 avril 2022). Deux réserves : ils ne couvrent que ces deux situations, et le premier modèle n’a pas été revérifié depuis 2018 — contrôlez que les articles qu’il cite sont bien ceux applicables aux contrats conclus à compter du 1er janvier 2022. Payer un modèle n’apporte rien. Face à un professionnel, la médiation de la consommation est gratuite (art. L612-1) et l’annuaire officiel des médiateurs référencés est public ; le médiateur propose une solution que chacun reste libre d’accepter ou de refuser (art. R612-4), et le dispositif n’existe ni entre particuliers, ni face à une entreprise sans médiateur référencé. Le recours au conciliateur de justice est lui aussi gratuit et vaut tentative amiable au sens de l’article 750-1. Enfin, SignalConso, service public gratuit de la répression des fraudes, transmet votre signalement à l’entreprise : ce n’est pas un recours — la répression des fraudes ne tranche pas les dossiers individuels et n’obtient pas de remboursement — et un signalement ne dispense pas d’adresser au professionnel la réclamation écrite exigée pour saisir ensuite un médiateur.
Dans quels cas nous appeler
Les textes sont écrits. Ce qu’ils ne disent pas, c’est lequel s’applique à votre situation :
- vous ne savez pas quelle demande formuler — livraison, remboursement, réparation, réduction du prix — ni, donc, quel texte votre courrier devrait viser ;
- votre contrat contient une clause résolutoire, ou n’en contient pas, et vous ne savez pas laquelle des deux mentions obligatoires s’applique à votre cas ;
- le professionnel a répondu à moitié, propose un avoir au lieu d’un remboursement, ou reconnaît devoir la somme sans la payer, et vous ne savez pas ce que cela change ;
- votre vendeur est un vendeur tiers d’une place de marché, établi hors de l’Union, en liquidation ou introuvable, et vous vous demandez si une lettre a encore un sens ;
- votre achat date de plusieurs années, ou votre recommandé vous est revenu « non réclamé », et vous ne savez pas combien de temps il vous reste.
Un conseiller vous explique la règle applicable à votre situation et l’ordre dans lequel les démarches s’enchaînent.
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Ce que fait — et ne fait pas — le 3240. Nous vous expliquons la règle applicable à la mise en demeure et aux suites qu’elle ouvre. Nous n’accédons à aucun dossier, ne contactons ni le professionnel ni le médiateur à votre place et n’engageons aucune démarche pour vous. Nous ne rédigeons, ne relisons et n’envoyons aucun courrier.
Questions fréquentes
Une mise en demeure interrompt-elle la prescription ?
Non, et c’est l’erreur la plus coûteuse. En droit commun, le code civil énumère les causes d’interruption : la reconnaissance du droit par le débiteur (art. 2240), la demande en justice même en référé (art. 2241), une mesure conservatoire ou un acte d’exécution forcée (art. 2244). Une lettre de mise en demeure n’y figure pas. En revanche, la médiation suspend le délai (art. 2238), et certains régimes spéciaux en décident autrement, comme l’assurance (art. L114-2 du code des assurances).
Faut-il passer par un commissaire de justice ?
Non. Le code civil met sur le même plan la sommation, qui est l’acte du commissaire de justice, et « un acte portant interpellation suffisante » (art. 1344). Un courrier recommandé suffit donc à constituer le débiteur en demeure. Le commissaire de justice apporte une force probatoire supérieure, pas une validité que la lettre n’aurait pas. Vérifiez toutefois si votre contrat impose lui-même une forme particulière.
Quel délai faut-il accorder ?
Aucun texte ne le chiffre. La loi parle de « délai raisonnable » (art. 1231 et 1226 du code civil, art. L216-6 du code de la consommation) et laisse l’appréciation au cas d’espèce ; les fiches publiques ne donnent, elles non plus, aucun nombre de jours. Ce qui compte : la nature de la prestation et le temps qu’elle demande matériellement, le retard déjà accumulé, les relances déjà envoyées, la réponse obtenue ou non. Un délai manifestement trop court expose la mise en demeure à être jugée inefficace.
Une mise en demeure est-elle toujours obligatoire avant d’agir ?
Non. Elle est écartée quand l’inexécution est définitive (art. 1231 du code civil), en cas d’urgence pour la résolution par notification (art. 1226), et quand le contrat prévoit que la seule exigibilité vaut mise en demeure (art. 1344). En droit de la consommation, elle est également superflue lorsque le professionnel refuse de livrer ou lorsque la date convenue était une condition essentielle du contrat (art. L216-6, II).